mercredi 5 avril 2017

Éloge du jemenfoutisme.

J'avais pas d'autre idée de titre pour cet article...

Quand j'étais petite fille (j'adore quand ça commence comme ça), la question qui revenait le plus souvent était évidemment "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?" Alors, pour ne pas décevoir certain, je répondais "maîtresse" ou "journaliste", parce-qu'avoir de l'ambition, c'est cool, puis ça peut aussi rendre fiers tes parents ou ta grand-mère... Seulement, la vraie réponse, celle que je disais en cachette dans ma tête ressemblait plutôt à "je sais pas et je m'en fous". La réponse ringarde, celle qui fait que les gens te déconsidèrent après tu sais...
Ma chère maman, pour me protéger de ces carriéristes-précoces, me chuchotait à l'oreille un bienveillant "T'occupes ma poulette, tu auras tout le temps d'y penser". Merci maman, parce-que franchement, les grands, y'a que ça qui les intéresse : ce que l'on va bien pouvoir devenir plus tard. Ce que l'on va bien pouvoir encaisser par mois plus tard, en fait.

Hélas, à l'âge où j'avais donc "tout le temps d'y penser", mon état d'esprit était toujours le même : je sais pas et j'en ai putain de rien à foutre. Le jemenfoutisme a grandit, et le langage fleuri avec.

Puis, de fil en aiguille, avec l'aide d'un petit peu d'études et de beaucoup de piston, j'ai trouvé un job. Un job comme tous les jobs que j'ai pu avoir dans ma vie : un job où je dois faire semblant, tant bien que mal, d'être normale, comme il faut, aimable, souriante, patiente. Un job où, comme la majorité des français (enfin ça, c'est moi qui le crois, rassurez-moi et dites-moi que vous êtes absolument vous-même au travail, que ça existe !), je dois faire la révérence pour 1000 pauvres euros par mois, et dire merci, merci, merci.
Une deep throat en bonne et due forme, qui me rappelle tous les jours que j'ai raté ma vie.


"Mais pourquoi tu changes pas de taff ? Quand on veut on peut ma vieille, donne toi les moyens ! Puis ça pourrait être pire franchement de quoi tu te plains !? "

T'as sûrement raison, et c'est gentil de te soucier de mon cas social, mais tu sais, lorsqu'on est jemenfoutiste, il nous manque quelques outils essentiels pour parvenir à tout ça : la confiance en soi et en les autres, par exemple, tu sais, celle que l'éducation nationale et la société t'ont arraché en t'ouvrant le bide en deux, laissant tes entrailles calcinées se déverser sur le bitume de ton adolescence. L'espoir ! Lui aussi a foutu le camp, je crois que c'était en même temps que BFM déféquait les exploits de ce fils de pute de Merah dans une école primaire, ouais, à peu près par là. La motivation ? Je dirais que les deux premiers outils étant morts et enterrés, cette pauvre vieille motivation est allée voir ailleurs si j'y étais surtout pas.

"Oh ça va Caliméro on t'a vu !"

C'est franchement mal me connaître. Je ne me plains pas, je constate et c'est un constat navrant, j'en conviens. Je SUIS comme ça. Mieux, j'ai banni les mots "sacrifices", "dépassement de soi", "effort" ou autre "surpassement" de mon vocabulaire. Parce-qu'il n'est pas que question de boulot, c'est pour tout pareil : la vie en société, le ménage, la politique, le sport, l'amour, l'actualité, les autres, leurs avis... Je m'en fous.

Je.
M'en.
Fous.

Certainement un déni volontaire de mon cerveau qui, pour se protéger, ou en tous cas pour garder sa tranquillité, fait fit de tout ce qui l'entoure. Atout ? Non, pas vraiment. C'est même un réel handicap. Rien ne m'intéresse, je ne crois en rien, je suis blasée.
(là normalement, tu t'es suicidé en t'enfonçant une à une les touches de ton clavier dans le rectum).

Paradoxalement, je dois être la personne la plus emphatique de l'univers. Je ressens toutes les émotions, les souffrances des autres, de chaque être vivant, j'ai encore plus mal qu'eux lorsque je me mets à leur place, ça me brûle la gorge, les entrailles et les yeux jusqu'au fin fond de la moelle osseuse. Là, je m'en fous plus du tout : je compense comme je peux.

Cet article est vraiment passionnant...
Soit.
Si tu es jemenfoutiste, sache que nous sommes loin d'être des cas isolés. La jeunesse actuelle a perdu ses outils, tous ses outils, et ça va être dur de les retrouver. Moi en tous cas, j'ai arrêté de chercher.

Pourquoi ? Parce-que JE M'EN FOUS JE T'AI DIS !

10 commentaires:

  1. non mais non!!!!!!!!!
    Tu serais une sorte de double de ma personne?
    (à part que tu fais plus la fête que moi et t as des potes :D )

    Je te comprends que trop bien... enfin je suis un poil plus complexe mais je comprends...

    Pis les autres hein, on s'en fout ( enfin sauf quand ils souffrent bordel, même dans ces putains de séries j'suis empathique)

    claquage sur ton cul (chut à ton homme^^) poulette

    D.

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  2. Tiens, cadeau. Pour le laule : https://www.youtube.com/watch?v=XoDY9vFAaG8

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  3. Tu ne serais pas une adulte zèbre ?!

    Bizarrement en lisant ton récit, c'est le ressenti que j'ai eu...

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    1. Coucou Maéva, je ne savais pas de quoi il s'agissait, alors je suis allée à voir. Mais je ne pense pas. Je ne suis absolument pas perfectionniste et pas du tout bonne en math. ^^

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    2. J'ai pensé la même chose.
      Ma grande est un petit zébre très loin d'être perfectionniste. ;)
      Ça coûte une blinde mais c'est jamais trop tard pour le savoir. Et à en juger par le comportement de ma fille, ça fait un bien fou de comprendre le pourquoi du comment.

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  4. LooooooooooooL !

    Ton "pas bonne en maths" m'a fait rire.

    Car je ne suis pas très bonne en maths et c'est un euphémisme! 😅

    Pourtant j'ai été détecté "zèbre".

    Le portrait que la mass média dresse de ce qui est appelé "surdoué" est bien différente de la réalité qui est plus complexe et bien loin d'être un fleuve de tranquilité...

    Bref.

    Je m'égare !


    Je comprends le fait que tu sois blasée et cette empathie, que le plus grand nombre ne semble comprendre ou même éprouver. Car je partage ton ressenti...

    C'est l'une des raisons pour laquelle je n'ai plus la télé. Et que je ne lis ni n'écoute aucun média d'aucune sorte.

    Depuis, je vis mieux ! 😌

    Le monde est tel qu'il est, nous, tous, autant que nous sommes... De passage !

    Tâchons d'être chaque jour la meilleure version de nous même et à notre (petite) échelle de rendre le monde un peu meilleur, tel qu'il se le devrait d'être...

    "Celui qui use de l'épée, périra par l'epée."

    "Les méchants" s'empoisonneront de leur propre venin. Pour sûr! 😌

    #Shalom

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    1. Oh que tu me fais du bien toi ! :)
      T'as raison pour la tv, quand je pense que parfois j'ai honte de dire que je ne regarde pas les infos, alors que je devrais plutôt le revendiquer. ^^

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